Les biologistes estiment à 2,2 millions le nombre d’espèces marines dans le monde. Des trésors de génétique prennent vie dans les cellules de ces êtres marins. En 1951, Werner Bergmann découvre que chez l’éponge de Floride, le ribose qui constitue habituellement l’ADN des êtres vivants est remplacé par l’arabinose. Ce nucléoside a permis de synthétiser des molécules antitumorales. Par la suite, les séquences ADN de nombreuses espèces ont servi le milieu scientifique.

Le milieu marin regorge de contraintes et de particularités, et abrite ainsi des êtres aux stratégies de vie affûtées, sélectionnés naturellement par des millions d’années d’évolution. Les systèmes de communication chimiques revêtent une plus grande importance en milieu aquatique qu’en milieu terrestre, et les métabolites que les espèces sécrètent ont inspiré des innovations dans les domaines de la santé, de la cosmétique, de la fabrication de carburants ou encore de l’agroalimentaire. Ainsi, des gènes à l’origine de la production d’oméga 3 appartenant à des microorganismes marins ont été intégrés à des plants de colza pour en améliorer les vertus nutritionnelles.

Au total, 13000 séquences ADN appartenant à des organismes marins ont été brevetées, dont la plupart provient de microorganismes. Le groupe BASF, une des plus grandes entreprises de chimie au monde, a déposé à lui tout seul 47% de ces brevets.

L’accès à ces découvertes sur les séquences ADN est en effet limité aux structures qui possèdent les ressources financières nécessaires pour effectuer ces études. Ainsi, 98% des séquences brevetées le sont par seulement 10 pays dans le monde. Bien que la durée des brevets soit limitée à vingt ans, cette « ruée vers l’or bleu » pose le problème de l’exploitation des ressources marines par un très faible nombre d’entités. Si les eaux côtières sont protégées par le protocole de Nagoya, les eaux internationales, qui représentent la moitié de la planète, ne bénéficient pas de système de régulation en ce qui concerne la recherche sur les ressources.

 

Solène Jahan

 

Sources :

Reporterre : https://reporterre.net/BASF-le-geant-de-la-chimie-mondiale-s-approprie-la-biodiversite-des-oceans

Innovation maritime : https://maritimup.fr/innovation-maritime/biotechnologies-marines/la-moiti-des-brevets-d-espces-marines-appartiennent-une-entreprise

Institut océanographie de Monaco : http://www.institut-ocean.org/images/articles/documents/1380378194.pdf